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« Adolescents en difficulté : conformation, contestation, récusation ».

L’humanisation de l’homme implique l’accès à la parole.  Par la parole l’homme peut assumer la perte : perte de l’uniformité maternelle initiale, signifiant la séparation.  Ceci ne peut se passer que par le « non du Père », qui fait Tiers et permet le dépassement du fusionnel maternel.

L’humanisation demande que le temps d’enfance, temps des découvertes, des rencontres avec le monde puisse déboucher, grâce à la transmission de connaissances à l’élaboration d’un savoir efficient à la vie adulte.  Cette transmission est référée par un Tiers normatif mystique : les Dieux de l’Antiquité, le Dieu des Juifs, le Dieu trinitaire des Chrétiens, le Dieu des musulmans.  Ce sont les grands récits.

Avec le développement de la modernité capitaliste, un nouveau temps apparaît entre le temps pour voir et découvrir de l’enfance et le temps d’agir de l’adulte : un temps d’adolescence qui se traduit par le questionnement adressé au Tiers normatif de la rationalité moderne.  Et qui va poser problème. Alors qu’au 19ème siècle, l’adolescence était considérée comme l’âge de la dangerosité.…

Le jeune se questionne quant à son avenir.  Il questionne les changements de son corps, les valeurs.   En adressant ces questions, il  fait part de ses craintes, de ses peurs, de ses attentes. 

Il s’agit de la question du « Qui suis-je ? » propre au questionnement adolescent.  Cette question ne peut se formuler que dans un contexte social communautaire.  « Qui suis-je ? » par rapport aux autres, par rapport au social : L’ipséité. Ce sont les connaissances nécessaires pour assumer la vie sociale : L’épistémè, et répondre à l’ipséité. 

Le lien entre l’ipséité et l’épistémè résulte du questionnement, et permet l’élaboration d’un savoir propre à chacun.

Contestation

Mais souvent il ne reçoit pas de réponse, si ce n’est le discours de la conformation.    Sous la modernité, ces jeunes pouvaient s’exprimer en tant qu’artiste.  La norme sociale est contestée.  Cette contestation peut être résorbée par l’idéologie de la conformation ou réification.  Ce questionnement devient contestataire : sous la révolution française déjà, des jeunes réagissent : les Muscadins, Incroyables et Merveilleuses contestent le régime.  Les émeutes lycéennes tout le long du 19ème siècle font que ce temps d’adolescence est considéré comme une phase de dangerosité. 

Dès lors, il conteste par l’écriture : il s’adresse au « Tiers idéal ».  Le temps que le spleen ne s’élimine. 

Le Tiers normatif du scoutisme, le Tiers normatif du patriotisme faisant que ces jeunes pourront marcher derrière le drapeau tricolore et s’engager, sans trop rechigner dans la première boucherie mondiale de 14-18. 

Après cette guerre, la contestation des adolescents prend la forme du mouvement Zazou.  Le Tiers de substitution sera représenté par les mouvements de jeunesse qui prendront la relève : Jeunesse hitlériennes, Faucons rouge, Scoutisme,…préparant à l’holocauste. 

Les années 45-60 sont des années de reconstruction financée par le Plan Marshall.  Le « Tiers de substitution» se présente comme « l’homme nouveau », le self made man à l’américaine.  Et les années 50 voient apparaître aux USA le modèle du « teenager » : le « Tiers de substitution» est en passe de devenir idole.  La contestation sera portée par l’existentialisme de St Germain des Prés.  En France, après 1960, c’est l’heure des « yé yé » de devenir « Tiers de substitution».

La reconstruction s’achève aux alentours de 1965.  L’économie européenne doit s’adapter aux prémices de la globalisation informatique, les jeunes contestent ouvertement : mai 68.

Le questionnement n’est plus de mise.  Le rapport au savoir se transforme également : l’épistémè ne représente plus une somme de connaissances à acquérir, mais se limite à des compétences individuelles à répéter.  La transmission devient obsolète.  La tablette smartphone répond à tout.  L’adolescent peut récuser le Tiers normatif de l’épistémè.

L’adolescent contestataire était en recherche d’un Tiers idéal, institué poétiquement au travers de l’écriture.

Récusation

L’adolescent de la postmodernité passe de la contestation à la récusation.  La panne dans le questionnement adolescent provoque la récusation.

La récusation se manifeste par : la mise en cause du « Non du père », le non-sens, la loi symbolique n’est plus guère prise en compte.  Il y a moins de référence à « l’entendement humain ».  La porte est ouverte au nihilisme, à la « radicalisation ». 

De normatif, le Tiers devient « permissif ».  C’est l’ère de l’autonomie, de l’ultra liberté, du « tout est possible », du scientisme.  La transmission sociale devient obsolète : les profs ne peuvent plus donner cours.  La famille n’a plus de raison d’être.    

Cet adolescent récusateur vit la « toute puissance », l’absence de contraintes, la satisfaction immédiate, mais il subit l’inadéquation de l’absence du manque d’un Tiers idéal. La narration, la mise en récit permet cette démarche et favorise la référence à une nouvelle norme.

Dès lors on peut se demander comment faire face au processus de récusation en cours.  …La réponse sociétale : la remédiation, l’enfermement, la psychiatrisation,…une réponse différente est apportée à partir de ma praxis d’ateliers d’écriture.  Il faut donc tout mettre en œuvre pour permettre l’expression de celui-ci.

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