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ADAM ET EVE

L’interdit de savoir : c’est la faute à Adam et Ève

L’exemple de la Genèse

La métaphore du paradis terrestre est claire : pour avoir voulu savoir, l’homme est chassé du paradis.  Il y a interdiction originelle de connaître le réel.  Ceci va obliger l’homme à élaborer un savoir à partir de connaissances éparses d’abord, multiples ensuite, contradictoires enfin.  Les réponses qui sont données aujourd’hui sont manifestement insatisfaisantes.

Comment comprendre pourquoi il a été interdit à Adam et Eve de rechercher le savoir.

Pourquoi Dieu ne voulait garder Adam et Eve au paradis qu’à condition qu’ils restent ignorants, et pourquoi il les a punis de leur désobéissance en leur infligeant de dures souffrances.  (Il s’agit ici d’une interprétation des Evangiles).

Peut-on aspirer à un paradis qui fait de l’obéissance et de l’ignorance la condition de la félicité ?  Faut-il donc fuir le savoir auquel nous pouvons accéder (comme l’arbre de la connaissance d’Adam et Eve).

Dans le texte fondamental de la Genèse, le pouvoir de la parole créatrice de l’homme (Ge. II, 19-20) et la connaissance de la mort sont donnés à deux versets d’intervalle (Ge. II,17) : « Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras tu mourras » et « ..Il (l’Eternel Dieu) les fit venir vers l’homme (les animaux) afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme » (Ge. II, 19).

Pourquoi cette interdiction de savoir, et quel est le prix à payer pour surmonter cette interdiction ?  Pourquoi dieu a-t-il planté l’arbre de la connaissance du bien et du mal au beau milieu du jardin d’Eden s’il ne voulait pas que les êtres humains qu’il avait créés mangent de ses fruits ? 

Mais pour revenir à Eve, n’a-t-elle pas refusé le commandement « Tu ne sauras point », en voulant comprendre en profondeur la différence entre le bien et le mal, et a voulu assumer l’entière responsabilité de son acte.  La pomme interdite symbolise non seulement la connaissance abstraite du Bien et du Mal, mais aussi et surtout la connaissance des origines de notre propre vie, qui nous fait comprendre concrètement la naissance du Mal.  La pomme interdite symbolise non seulement le commandement venu de l’extérieur, mais aussi le commandement intérieur de la gestion des énergies du jeune organisme.  Un petit enfant ne pourrait pas survivre à la vérité : pour des raisons purement biologiques, il est contraint de la refouler.

Nous avons non seulement le droit, mais l’impératif devoir de connaître ce qui est bien et mal pour pouvoir assumer la responsabilité de notre vie et de celle de nos enfants.

On connaît la suite de l’histoire. L’homme et la femme de l’origine ayant goûté à la jouissance, ce qui les ferait non manquants, sont exclus des verts paradis d’Eden. Ce mythe biblique fonde l’être parlant comme exclu. Nous sommes tous des exclus !  L’être humain est dès lors un animal dénaturé, chassé d’une relation instinctive à la nature, condamné dans son rapport au monde et aux autres à en passer par la médiation du langage. L’homme, sorti de l’humus est exilé de l’origine.

La quête d’immortalité, dans un contexte religieux, implique un déséquilibre, une rupture, une dysharmonie et une déconnexion entre les moyens et la fin.  L’immortalité, c’est l’état stationnaire, c’est le mouvement qui s’élimine, qui se résume en une oscillation sans frein, sans résistance, sans perte d’énergie.  L’état stationnaire s’apparente à cette chimère de la dynamique ancienne : le mouvement perpétuel.  Il y a, dans l’état stationnaire qui est aussi l’état d’équilibre, la formulation en langage scientifique d’une aspiration qui, depuis la conscience du temps, gît au cœur de l’homme, de celui qui sait qu’il doit mourir, à savoir d’un temps qui deviendrait neutre et qui se contenterait de reproduire indéfiniment le présent : dans ce contexte, il n’y aurait pas progrès.

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