Paroles d’école

Une hypothèse différente

Loin d’un quelconque fonctionnalisme, cette démarche répond à la question de la panne.  Il est évident que répondre à l’arrêt scolaire par une simple remédiation n’a pas grand sens : faire école, alors que les jeunes sont dans l’incapacité de s’y rendre ne se révèle pas adéquat. 

Par contre, en replaçant les enseignants au cœur de la problématique de l’arrêt, elle permet d’étayer les faiblesses du jeune, mises en évidence par l’arrêt scolaire lui-même.

La démocratinisation-massification de l’école évacue en quelque sorte la Conflictualisation liée à la construction d’un nouveau savoir, et elle abandonne l’interpellation.

Chez les jeunes à l’arrêt scolaire, il n’y a pas d’élaboration d’un nouveau savoir répondant au questionnement existentiel provoqué par le passage adolescent. 

Nous prenons en compte la souffrance psychique de l’adolescent et ses difficultés d’accès au désir de l’éveil, situation où l’enseignant considère l’arrêt du jeune comme symptôme d’une parole momentanément bloquée.  Nous considérons que cette souffrance est le résultat pour le sujet d’une impossibilité momentanée de parler de sa détresse, son mal à vivre, son mal à être. 

Ainsi le sujet souffrant s’est-il substitué au sujet parlant et se présente-t-il comme  objet de souffrance. 

Il s’agit d’accueillir le jeune tel qu’il est, de l’accueillir avec son symptôme, une création qui lui est personnelle et que tout le monde cherche à réduire.

Nous faisons ainsi rupture, car nous décidons d’entendre cette création comme une parole dont il ne comprend pas le sens et non comme une manifestation indésirable qu’il faudrait supprimer.

Ce travail cherche à permettre à l’adolescent en souffrance, d’avoir accès à l’éveil et de s’affirmer, grâce à l’ouverture au savoir, en tant que sujet autonome participant à la vie sociale. Cette démarche se veut donc comme passage entre passé, présent intensément investi par l’adolescent et le futur encore indécidable qu’il s’agit de rendre perceptible.

L’hypothèse défendue est justement que l’élève en échec, par son échec même, manifeste quelque chose qu’il n’arrive pas à parler tant cela est inscrit en lui.  Il s’agit d’une parole tue. Il se ressent comme non pris en considération, replié, sans parole propre.  Le sujet est nié. 

Il y a panne dans le questionnement. 

Aujourd’hui le questionnement par rapport au savoir est bloqué.  Au lieu de favoriser le questionnement, la transmission se limite à diffuser des réponses toutes faites sous forme de connaissances à acquérir : les fameuses « compétences » chères à Laurette Onckelinckx.  Ils se heurtent à la crise du sens, propre à la société décadente.  Crise illustrée par l’absence de réponse à la question fondamentale posée à l’adolescence : « le qui suis-je ? », celle de l’ipséité.

L’ipséité questionne ainsi le processus du désir de l’éveil à l’adolescence, la quête des « savoirs », comme passage permettant la symbolisation de la réponse à la question existentielle de l’adolescent.

La panne dans le questionnement perturbe le processus de l’apprendre, accentue la difficulté de l’élaboration du savoir par la déliaison du rapport épistémique.

Cette Hypothèse se base sur une expérience d’atelier d’écriture  avec des jeunes à l’arrêt que j’ai développé dans un cadre d’une pédagogie de prise de parole.

Des textes adolescents mettent en évidence l’insatisfaction, ce que je nomme à la suite de Pesoa, « l’Intranquillité », mais surtout ils font apparaître une série de questions.  Celles-ci traduisent les prémisses du questionnement adolescent.  Chez les jeunes à l’arrêt, ces prémisses s’expriment de manière malaisée et révèlent ainsi la panne.

Le jeune à l’arrêt, et bien qu’à l’arrêt, n’est pas pour autant sans désir.  Mais ce désir est, le plus souvent, caché derrière l’échec apparent.  Il cherche à comprendre.  La pratique d’écriture au sein de l’atelier permet une première expression.  Avec l’interpellation qui se passe au sein de l’atelier d’écriture, j’ai pu me rendre compte qu’une reliaison pouvait se produire au niveau de l’ipséité.  Un travail de mise en projet redevenait ainsi possible.