Marguerite DURAS et Dionys MASCOLO

Le groupe de la rue Saint-Benoît

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dionys Mascolo rencontre son futur ami Robert Antelme et sa future amante Marguerite Duras.

Pendant ces années de résistance, les trois font la rencontre d’Edgar Morin qui les convainc d’adhérer au PCF. Antelme, Duras et Dionys Mascolo participent à fonder les Éditions de la Cité universelle, où Dionys sous le pseudonyme de Jean Gratien, écrit une Introduction à des Œuvres choisies de Saint-Just, publié en avril 1946.

Dans le même temps, le trio forme durant plus d’une vingtaine d’années le groupe de la rue Saint-Benoît comme une communauté négative.  Le groupe de la rue Saint-Benoît ouvre un espace de vie, de passage, les rencontres s’éprouvent, les discussions informelles se vivent avec intensité et s’organisent des actions. Divers auteurs et intellectuels comme Maurice Blanchot, Henri Michaux, Edgar Morin, Jean Schuster, Claude Roy, Georges Bataille, etc. circuleront dans cet espace. Le groupe de la rue Saint-Benoit fut l’expérimentation de l’abolition de la séparation entre la vie et la politique. En 1950, les trois amis sont exclus du PCF, pour leur refus du contrôle du parti sur la création artistique.

Dionys Mascolo, en 1955, accompagné de son ami Maurice Blanchot et des deux jeunes surréalistes Gérard Legrand et Jean Schuster, deux fidèles des séances de la rue Saint-Benoît, sont les initiateurs et animateurs du Comité des intellectuels français contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord.  

En 1956, Duras se sépare de Dionys Mascolo.  À partir de 1957, Dionys participe au Cercle international des intellectuels révolutionnaires, qui défend, outre les victimes de la répression coloniale, les dissidents hongrois et polonais.  Les deux groupes s’associent contre le combat colonial, ce qui aboutit la Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie en 1960, appelée communément Manifeste des 121.

L’expérience de la rue de Saint-Benoît se fonde sur la citation d’Hölderlin :

« La vie de l’esprit entre amis, la pensée qui se forme dans l’échange de parole par écrit et de vive voix, sont nécessaires à ceux qui cherchent. Hors cela nous sommes pour nous-mêmes sans pensée. Penser appartient à la figure sacrée qu’ensemble nous figurons ».

La pensée de Dionys Mascolo est toujours liée à son expérience sensible.  Mascolo n’est pas un penseur dogmatique, l’exemple significatif est son changement de position concernant Castro, lorsqu’il retire son soutien envers le régime cubain au vu de son positionnement envers les révoltes en Yougoslavie.   

« Le partage de pensée entre amis, à la Holderlin, toute singularité dépassée, tout recul devant le risque de naïveté exclu, tout penchant à la rétention tenu en respect, l’abandon résolu au mouvement qui fait dire je ne crains pas ce que l’on craint d’habitude, je ne crains que la crainte (Holderlin) — ce sont là des traits qui caractérisent cette entreprise de parole.

L’amitié devient le lieu où la pensée peut se partager, s’exprimer, s’entrechoquer. C’est d’une pratique sensible qui enracine ce communisme de la pensée.  L’amitié et la pensée deviennent le commun de ce communisme et non une simple idéologie au service d’un parti.  Cette pratique fait vivre différemment des idées, les met en tension, les mêle, les démêle, il y a plus le Moi, mais un je mis en jeu avec d’autres je comme esquisse d’un nous.  On peut le percevoir avec le concept d’agencement chez Deleuze.  Un agencement est un système non systémique, dans le cas de l’amitié entre des êtres.  L’amitié opère une force entre chacun d’eux par des dynamiques singulières, les amis ne sont pas unis, mais vivent un devenir-ensemble.  L’amitié c’est une certaine qualité de liens.  

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