ISABELLE EBERHARDT

Il n’est pas si fréquent, pour un écrivain, de parvenir à hisser sa vie au niveau des ambitions de son œuvre.

Etre soi-même, aussi bien dans ses écrits que dans ses actes, au mépris des modes littéraires et des préjugés de son temps, c’est ce que Isabelle Eberhardt

a tenté de réaliser au cours de sa brève existence; une trajectoire fulgurante que l’on a souvent comparée à celle d’un Rimbaud et qui la mena des rives

du lac Léman aux confins des territoires sahariens colonisés par la France, à l’époque.

Morte à 27 ans, elle ne laisse derrière elle que quelques articles publiés dans la presse d’Algérie. Pourtant son étrange destinée et la publication posthume de ses écrits vont la rendre célèbre. Plus de 80 ans après sa mort elle est loin d’être oubliée, on a dit d’Isabelle comme de Rimbaud, qu’elle avait fait de sa vie son grand roman.

Définitivement persuadée que la colonisation et les tares de la civilisation occidentale détruisent les valeurs de la société islamique, elle prend cette résolution: « commencer ma carrière en me posant carrément en défenseur de mes frères, les musulmans d’Algérie et du Maroc »

L’œuvre est inégale, parfois inachevée, encore en train de se faire, mais sa place est à côté de celles de Fromentin, de Maupassant et de Gide, quand ils viennent chercher leur inspiration sous le ciel du Maghreb.

La force des écrits de cette errante convertie à l’islam s’alimente à son tempérament fervent et passionné, aux souffrances partagées avec ceux qu’elle dépeint.

Isabelle avait pour la route une passion jamais assouvie et ne trouvait son équilibre, son harmonie intérieure que loin des villeS, loin de la civilisation et de ses comédies hypocrites.

Elle s’attardait avec les Ouled Nails dont elle ne se lassait jamais d’écouter les histoires. Toute une série de textes de la même veine s’inspirent de

cette attirance. Il semble que dans l’islam, tel qu’elle le montre, l’amour passion n’ait pas de place dans le mariage. Celles que la passion amoureuse emporte s’affranchissent du joug de l’autorité du père, du frère aîné, du mari, mais elles se condamnent à l’amère liberté de la prostitution.

C’est le destin émouvant de YASMINA, la jeune bergère de l’Aures que l’amour entraîne dans la déchéance du bordel, ou celui de Tessaadith qui choisit la prostitution comme seul moyen possible d’émancipation.

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