Avec la mise en cause de la rationalité, avec les œuvres de Nietzsche, Marx et Freud, la question de l’être de l’homme s’ouvre directement sur celle du devenir, du savoir vers où l’on va. La théorie de Darwin (1859) est très tôt dénoncée comme incompatible avec la foi chrétienne: elle s’oppose à la création directe et successive des espèces vivantes par Dieu et fait «descendre» l’homme de l’animal. En dépit d’une meilleure compréhension de l’Ecriture, qui laissa à la science une pleine autonomie, on a vu subsister au cours du XIX e siècle et même encore au XX e siècle des tentatives d’harmonisation de la Bible avec cette dernière. Mais ces concordismes ne se rencontrèrent que chez un petit nombre d’auteurs qui n’étaient pas des scientifiques.
Il s’agit là de la remise en cause du rationalisme appréhendée par le questionnement sur la vie, inauguré par DARWIN. A la fin du XIXème siècle, une remise en question de cette modernité raisonnante s’opère.
Au niveau théorique, Darwin a commencé l’offensive en montrant que les humains appartenaient au règne animal. L’humain devait alors assumer son origine et son évolution. Des mammifères aux grands primates il n’y avait plus de place pour la création divine, ni pour une différence de nature fondamentale avec les autres animaux.
L’homme n’est pas le Seigneur des animaux. Cet évolutionnisme faut violemment combattu par l’alliance des milieux conservateurs et religieux.
Les philosophes du soupçon ont mis à mal beaucoup de certitudes :
– Marx interroge la société comme unité harmonieuse. Avec la notion de plus value il donne une base solide aux critiques antérieures du capitalisme menées par les socialistes et les libertaires. Il est alors facile de voir que « un se divise en deux », que les classes sociales sont unies, mais de façon antagonique ;
– Nietzsche examine la volonté de vérité comme système de valeurs. Pour lui les catégories logiques sont des instruments à l’aide desquels la vie organise et domine le monde, ce sont des valeurs au service des humains. Il énonce « Dieu est mort ! » ; – Freud assume la division du sujet et limite fortement la prétention de la conscience humaine. Il met en évidence l’inconscient en créant la psychanalyse.
Dans le domaine des sciences, les crises et les bouleversements sont nombreux et profonds, au point que la notion de déterminisme est questionnée :
– la relativité, la mise en évidence du lien observateur / objet observé, l’ambivalence onde / corpuscule, l’utilisation des statistiques pour décrire les phénomènes, l’incomplétude en mathématiques avec Gödel , etc. , aboutissent à un déterminisme complètement remanié.
| FREUD Insécurité l’inconscient détermine l’insécurité de l’homme. | EINSTEIN Irrationalité la relativité introduit une vision différente de l’humanité. | NIETSCZHE L’injustice le droit de se surpasser pour faire advenir la nature de l’homme. BAKOUNINE Asocialité Bakounine l’Etat détermine le totalitarisme. Coup d’Etat | MARX L’exploitation le rapport marchand qui soutient l’exploitation de l’homme, conditionne les révoltes ouvrières. |
Elle est le signe le plus marquant de la modification vis à vis de la modernité. Avec cet événement la rationalité occidentale de la bourgeoisie se trouve en échec. Cet effondrement de la civilisation occidentale est vécu et décrit comme une rupture dans le cours de l’histoire de l’humanité.
NIETZCHE
Nietzsche examine la volonté de vérité comme système de valeurs. Pour lui les catégories logiques sont des instruments à l’aide desquels la vie organise et domine le monde, ce sont des valeurs au service des humains. Il énonce « Dieu est mort ! » « Nietzsche a sapé l’Occident » disait Gide. Il l’a sapé dans ses certitudes. Freud ne cachait pas son admiration pour ce philosophe qui a révélé ce que la psychanalyse a eu tant de mal à mettre à jour. Il y a un parallèle à faire entre la révolution Nietzchéenne et la révolution Freudienne.
Nietzsche a montré à quel point une morale pouvait être immorale. Il était aussi dur avec la morale Kantienne qu’avec la religion chrétienne. Nietzsche dénonçait toute action s’appuyant sur une morale supérieure, sur des idéaux.
« Nietzsche a sapé l’Occident » disait Gide. Il l’a sapé dans ses certitudes. Freud ne cachait pas son admiration pour ce philosophe qui a révélé ce que la psychanalyse a eu tant de mal à mettre à jour. Il y a un parallèle à faire entre la révolution Nietzchéenne et la révolution Freudienne.
NIETZCHE nous a enseigné qu’il n’existe aucune assertion qui soit vraie ou fausse parce que la vérité et le mensonge ne sont pas une affaire de contenus mais dépendent de celui qui allègue une assertion et qui la tient pour vrai ou pour fausse. Ainsi, la vérité et le mensonge tiennent des instincts humains dominants, caractéristiques d’une catégorie de personne, d’un peuple, d’une culture, d’un siècle. Et ces instincts humains dominants qui forgent et imposent « une éthique », NIETZCHE les appelle la volonté de puissance !
Nietzsche se définissait d’ailleurs comme un psychologue. Il y a un passage de « l’Antéchrist » à rapprocher avec « la science des rêves » de Freud : » Ce monde de pure fiction se distingue tout à son désavantage du monde du rêve par le fait que ce dernier reflète la réalité, tandis que le premier falsifie, développe et nie la réalité ». « L’éternel retour » Nietzschéen est également à rapprocher de « la compulsion de répétition » freudienne.
Il a montré à quel point une morale pouvait être immorale. Il était aussi dur avec la morale Kantienne qu’avec la religion chrétienne. On peut relire L’Antéchrist de Nietzsche, à ce sujet. Il s’agit de l’expression d’un malaise qui n’est lui-même qu’un mode de l’unique peur, la peur de la mort. Ce discours se retrouve dans d’autres récits qui confrontés à la crise scientiste du 20ème siècle présagent des changements en cours et interrogent, au travers du « progrès », la durée, la croissance et les répercussions sur la vie elle-même.
Nietzsche dénonçait toute action s’appuyant sur une morale supérieure, sur des idéaux.
Nietzsche nous a enseigné qu’il n’existe aucune assertion qui soit vraie ou fausse parce que la vérité et le mensonge ne sont pas une affaire de contenus mais dépendent de celui qui allègue une assertion et qui la tient pour vrai ou pour fausse. Ainsi, la vérité et le mensonge tiennent des instincts humains dominants, caractéristiques d’une catégorie de personne, d’un peuple, d’une culture, d’un siècle. Et ces instincts humains dominants qui forgent et imposent « une éthique », Nietzsche les appelle la volonté de puissance ! Il a montré à quel point une morale pouvait être immorale. Il était aussi dur avec la morale Kantienne qu’avec la religion chrétienne. Nietzche dénonçait toute action s’appuyant sur une morale supérieure, sur des idéaux.
Marx interroge la société comme unité harmonieuse. Avec la notion de plus value il donne une base solide aux critiques antérieures du capitalisme menées par les socialistes et les libertaires. Il est alors facile de voir que « un se divise en deux », que les classes sociales sont unies, mais de façon antagonique.
Freud met en évidence que la raison ne dirige pas l’homme, il y a l’inconscient. Ceci interdit à l’homme d’être le Seigneur de son âme, de son psychisme.
Freud assume la division du sujet et limite fortement la prétention de la conscience humaine. Il met en évidence l’inconscient en créant la psychanalyse.
Il s’agit d’une « révolution » comme le laisse entendre Catherine Clément[1] :
« Après la révolution copernicienne, qui avait abaissé l’orgueil de la Terre en lui démontrant qu’elle tournait autour du Soleil, et non l’inverse, la révolution de la psychanalyse le rabaissait encore une fois en démontrant que la conscience était déterminée par l’inconscient. Ainsi bousculé, l’humanisme traditionnel se retrouve contraint à un douloureux aggiornamento, douloureux du moins pour qui croit la conscience maîtresse à bord. Il faut dire que la Première Guerre mondiale avait à ce point dévasté l’Europe qu’il était devenu difficile aux honnêtes gens de croire à l’humanisme, confronté à ses millions de morts. Freud n’a ni vu ni prévu la Seconde Guerre mondiale et n’a rien connu des camps d’extermination où ses quatre sœurs devaient mourir, à Theresiendstadt. L’extermination industrielle nazie l’aurait sans doute pris pas surprise, mais il se serait certainement demande, comme le philosophe allemand Theodor Adorno, si l’on pouvait écrire des poèmes après Auschwitz ».
Au début du XX° siècle Durkheim constate avec effroi la fin du mode d’organisation social communautaire et l’émergence de l’individu. Le lien social antérieur est bouleversé et Durkheim s’inquiète.
Avec le conflit militaire de 1914-1918, le discours romantique change, cette guerre est considérée comme la « der des der » ouvrant la nécessité de construire, avec un « homme nouveau » un monde réel différent. Sans vouloir entrer dans une périodisation hasardeuse, il faut malgré tout mettre en évidence qu’en 14-18 des recherches scientifiques ont été menées directement au profit du potentiel de destruction militaire, (il s’agit des recherches sur les gaz), basculant ainsi d’une pulsion de vie « éternelle », vers une pulsion de mort. 40-45 poursuit ce mouvement et se termine avec Hiroshima.
[1] CLEMENT, C. (2001). Les révolutions de l’inconscient. Paris. Ed EdLM
