L’innéisme est une doctrine philosophique selon laquelle certaines idées ou structures mentales sont innées, c’est-à-dire présentes dès la naissance.
La version la plus ancienne de cette doctrine philosophique est attribuée à Platon. Selon cet innéisme platonicien toute vérité est connue dès la naissance, l’âme ayant visité le « ciel des idées » avant de s’incarner dans un corps. De notre vivant, on se doit de pratiquer la réminiscence pour se souvenir à nouveau des vérités que nous avons observées.
Platon, cependant, la représente par une tablette écrite [innéisme] et la nomme faculté de s’instruire par remémoration ».
Descartes défend de même une position similaire, par sa doctrine des notions communes. Descartes, sur le modèle des maths et de la géométrie, conception déductive et démonstrative, à partir de règles innées déjà présentes dans l’esprit.
Kant, l’esprit est structuré, organisé, actif dés la naissance et définitif
Elle s’oppose en particulier à l’empirisme de Locke, qui affirme que l’âme (ou esprit, mind) est une tabula rasa, et que toute idée dérive par conséquent de l’expérience sensible. (S’oppose à l’empirisme pour qui l’esprit est un vase vide qui vient se remplir) et applique des catégorisations à ses expériences.
« Aristote la représente par une tablette non écrite [empirisme] et la nomme au sens propre faculté d’apprendre.
Refusée par Locke, l’existence des idées innées a été ré-affirmée par Leibniz dans les « Nouveaux Essais sur l’entendement humain ».
Issue de la théorie du traitement de l’information avec un postulat épistémologique, celui de l’unité de la science et même celui de la science de la nature.
Repris par Chomsky pour la linguistique. Pour les cognitivistes, le cerveau est porteur de fonctions qui vont se développer. Histoire du cognitivisme : Descartes (17°): Des idées innées, indépendantes de l’expérience. Vision rationaliste de la connaissance.
Kant (18°) : Connaissance, activité d’un esprit déjà fortement structuré qui organise l’expérience en fonction de ses catégories intellectuelles. Piaget, continue la pensée de Kant, mais il pense que nos catégories mentales ne sont pas immuables et innées. Elles se construisent, s’élaborent, se transforment par l’activité du sujet. L’interaction du sujet avec les informations auxquelles il est confronté va le structurer selon des catégories, pour se forger des représentations mentales. Ce processus est évolutif.
Ceci implique le laisser – faire.
Innéisme aveugle et cécité pédagogique : les coulisses de l’échec
L’intelligence se construit par inhibition.
Devenir intelligent, certes c’est apprendre à raisonner juste, mais c’est surtout apprendre à ne pas raisonner faux. La stratégie cognitive consiste à inhiber les réponses automatiques mais fausses. Devenir intelligent c’est parvenir à bloquer les réponses qui se présentent spontanément, pour les analyser. Le grand mot du développement de l’intelligence, le secret, serait d’apprendre à inhiber de façon sélective, et non pas de des-inhiber tout azimut comme nous le faisons, depuis plus de 40 ans !
Le non comme créateur d’autres possibles, serait chez l’enfant, le facteur principal du développement de l’intelligence. Le non serait primordial dans le processus interne de la construction de l’intelligence de l’enfant. Il fallait s’en douter ce n’est pas dans l’absence de limite que se trouve en pédagogie, une quelconque voie de salut.
Entre six et sept ans, l’enfant acquière la capacité d’inhiber ses automatismes.
Autant l’accompagner dans cette voie plutôt que de l’inciter à déballer en permanence tous ses automatismes, par un bavardage de tous les instants et un concert d’applaudissement à toutes ses conneries. Voilà de façon triviale, ce qui a changé dans la famille, à l’école primaire, au collège, dans le lycée et à l’université !
Il est vrai que le mot inhibition a une connotation négative. Cette connotation négative aura probablement été décisive dans les choix qui seront fait dans les années 1970.
L’idéologie libérale n’aime pas l’inhibition sous quelque forme que se soit, le consumérisme non plus. Le bon consommateur compulsif, est sans limite, il dit oui à tous ses caprices. Les émancipateurs feront le reste de la débâcle, avec l’interdiction d’interdire.
Ce que révèlent l’étude et les expériences, c’est que l’inhibition accompagne le processus principal de la construction de l’intelligence.
Le contrôle est tout aussi fondamental, il permet à l’enfant de résister aux mécanismes et réflexes habituels, dans le processus de construction cognitive, qui commence par le non à la distraction, à l’amusement et finalement à tout automatisme.
Poursuivons l’analyse ;
Parmi les réflexes habituels de l’enfant, il y a le réflexe de céder à toutes les tentations et à toutes les distractions qui se présentent, mais aussi les réflexes violents qui se déclenchent spontanément à chaque situation sociale conflictuelle, où l’ego infantile que l’on a exacerbé, par ailleurs, par toute sorte de mise en valeurs spectaculaires, prend le dessus et impose sa dictature. La voie est alors fermée à toutes les situations qui demandent à l’enfant un profil bas et un contrôle de lui-même.
D’autre part, dans les situations plus complexes, la mobilisation de l’attention qui doit précéder l’approche cognitive, nécessite impérativement une inhibition de toutes les tentations et de toutes les distractions habituelles de l’enfant. Sinon l’enfant persiste dans l’amusement dont il ne parviendra plus à sortir complètement.
Adulte, il recherchera les dernières innovations technologiques qui lui permettront de conserver l’enchantement infantile.
Un défaut de capacité d’inhibition entraîne donc un défaut d’apprentissage et de cognition. On comprend alors pourquoi les échecs de l’enseignement actuel, sont complètement incompréhensibles à toute une horde de spécialistes de l’éducation qui pour des raisons idéologiques, sont tout à fait incapable de remettre en question, les dogmes postmodernes de leurs fondations et fondements pédagogiques.
Pourtant l’on comprend que c’est une incapacité à inhiber les automatismes, les habitudes ou les réflexes, qui est à l’origine d’une inadaptation sociale et scolaire.
Tout ceci fut mis en évidence par Piaget dans les années 50 dans la célèbre expérience des rangées de jetons de longueur inégale mais renfermant la même quantité de jetons. Les enfants jusqu’à 7 ans associent par automatisme la quantité à la longueur.
Comment en terme d’éducation et de pédagogie, sommes nous arrivés à la situation que nous connaissons ? Comment a-t-on pu laisser filer les choses au point d’avoir transformé les classes en pétaudières, sous pression et sans limite. Quels sont les enseignants qui n’ont pas vu l’attention des élèves s’effilocher au fil des ans, tandis que se multipliaient les incivilités, et les incapacités à apprendre quoi que se soit.
Tout s’est joué dans les années 1960- 1970.
Au lieu d’approfondir les voies ouvertes par Piaget, qui semblaient confirmer le bien fondé des idées maîtresses et directrices de toutes les pédagogies passées, les linguistes, les psychologues et les biologistes ont suivi Noam Chomsky, pour qui l’intelligence ne se construirait pas, car elle serait innée, à l’image du langage ou de l’instinct chez les animaux ! Les théories de Chomsky, qui sont par ailleurs vérifiées en partie chez le nourrisson et presque en totalité chez les animaux, ignorent totalement dans le développement de l’intelligence, cette période charnière de l’âge de 7 ans qui est particulière à l’homme. C’est cet âge de 7 ans que l’on nommait effectivement autrefois avec bon sens, l’âge de raison. Mais le retour au devant de la scène, de l’âge de raison, a de quoi transformer en cloaque, l’eau trop limpide du bénitier du temple du bien penser pédagogique.
Les responsables de l’éducation se sont engouffrés dans l’innéisme, avec l’enthousiasme ridicule et naïf du militantisme. Tout ceci ferait rire, si la situation était moins tragique. Ironie de l’histoire, les sciences de l’éducation ont confondu par automatisme idéologique, nouveauté et vérité scientifique, dans un progressisme orienté, aveugle et borné, ce qui est un comble, pour tout scientifique digne de ce nom !
