MÈDECINE SCIENTIFIQUE & GUÈRISSEURS

Actuellement, à côté du modèle médical enseigné et validé sur la base des méthodes scientifiques ‘reconnues ‘ persistent ceux que l’on pourrait appeler les ‘guérisseurs’ caractérisés par le rejet de la tradition rationaliste, niant la nécessite de faire des études expérimentales et considérant la méthode scientifique au rang d’une opinion parmi tant d’autres ni plus ni moins valable. Cette conception s’est accentuée avec la postmodernité, qui voit le triomphe de l’individualisme.  Les sociétés individualistes prônent la séparation de la personne et du collectif, la personnalité et l’opinion de l’individu priment et subordonnent le groupe, le collectif.  Chacun a la liberté de donner son avis, toutes les opinions se valent et petit à petit les experts, les scientifiques ne sont plus entendus. Dans les services hospitaliers, l’avis des médecins doit être mis sur le même plan que celui des patients. Si le malade d’un service préfère être soigné par l’homéopathie plutôt que de prendre des antibiotiques, il y a lieu de lui donner satisfaction, sans se préoccuper des preuves d’efficacité de ces deux traitements.

Il faut rappeler que la médecine scientifique est basée sur une méthodologie qui permet, le plus souvent, de séparer le vrai, du faux d’une manière incontestable, sauf si celle-ci est remise en question par une nouvelle étude tout aussi sérieuse. La science n’est pas un discours parmi d’autres, c’est une démarche objective et rigoureuse basée sur les preuves.

La démarche scientifique se déroule en plusieurs étapes à partir de l’observation d’un phénomène et de la formulation d’une problématique, différentes hypothèses vont être émises, testées puis infirmées ou confirmées et à partir de cette confirmation se construit un modèle ou théorie. 

L’observation et l’expérimentation sont des moyens pour tester les différentes hypothèses émises. Les résultats obtenus sont soumis à une analyse et une critique. La conclusion générale prenant en compte toutes les expériences et les résultats obtenus permet l’élaboration d’une réponse consolidée à l’observation initiale. Le projet s’achève alors.

Avant d’être publié, un article scientifique est analysé par les pairs pour y déceler les erreurs méthodologiques éventuelles, c’est le fameux « peer-reviewing ».  La démarche scientifique est indispensable à la validité par exemple d’un traitement médical.

Dans les situations d’urgence, cette démarche doit être irréprochable afin d’aller au plus vite vers les solutions les plus pertinentes et de ne pas se fourvoyer dans des approches stériles et qui font perdre un temps précieux. De plus, cela permet de se préserver de tout amalgame simpliste, de toute généralisation hâtive, de toute idée reçue ou préconçue, ou encore de toute certitude qui seraient le fruit de croyances ou d’énoncés sans preuves. Il faut des garde-fous. Le problème est que les médecins, les scientifiques n’ont pas vraiment le temps de faire de la vulgarisation et il leur faut un certain recul et des preuves pour pouvoir s’exprimer en toute connaissance de cause. Or les plateaux télé sont pour la plupart friands d’une information rapide et en ce sens, les scientifiques sont un peu pris au dépourvu face à l’opinion publique non scientifique.

Depuis de années la recherche scientifique fondamentale et autre a vu ses financements fondre à une vitesse vertigineuse avec un désintérêt de plus en plus grand des décideurs publics avec comme conséquence, une perte de conscience en ce qui concerne la méthode scientifique et un accès incontrôlé à l’information sans esprit critique. Ce qui est largement dû aux différentes réformes de notre système éducatif qui n’enseigne plus à réfléchir mais à connaitre…

Les conséquences de ce désintérêt, que l’on n’avait pas vraiment vu venir sauf quelques sonneurs d’alerte, ont brusquement été mis en évidence par les réseaux sociaux lors de cette crise.

On ne compte plus les désinformations scientifiques qui inondent les réseaux sociaux et les médias. La science hollywoodienne prend le dessus avec tous les dangers que cela comporte pour la santé publique. Or, la méthode scientifique rigoureuse est nécessaire pour ne pas se fourvoyer et perdre un temps précieux au milieu d’une crise qui fait des morts chaque jour.

Comment faire face à cette explosion de désinformations ?

Un premier conseil, c’est de se méfier des discours de certitudes, la science avance lentement par essais-erreurs avec prudence et en doutant constamment.

Une deuxième remarque, c’est de se méfier des personnages qui émettent une affirmation tout seul en prétendant avoir raison. La recherche scientifique se fait toujours à plusieurs avec de nombreuses interactions, de discussions, de remises en question.

Une troisième remarque est le fait des se méfier d’une personne qui prétend avoir « La Solution » et qui dit ‘de ne pas écouter les autres.’

en général c’est quelque chose qui ne se fait pas science. La méthode scientifique est basée sur les preuves et pas sur des affirmations.

Et pourquoi les universitaires n’ont pas réagi plus rapidement et pourquoi n’y a-t-il pas plus de vulgarisations ?

Heureusement, actuellement se développe une réaction scientifique,  de nombreux scientifiques et personnes ayant des expertises se mobilisent et se rassemblent sur des plates formes pour pallier ce manque d’explications scientifiques, ces plateformes tentent à occuper le terrain pris d’assaut et confisqué par les complotistes. Mais le travail est difficile, ces personnes sont courageuses et doivent faire face au cyberharcèlement, insultes, menaces. Il est à faire remarquer que les médecins, les scientifiques, les soignants ont été attaqués comme jamais ces derniers temps et dès lors, il est impératif de réagir pour ne pas tomber dans ce fanatisme. Il est important que les chercheurs fassent un effort de vulgarisation vers le public. En effet, les articles scientifiques, les rapports de validation des médicaments, les rapports de mise sur le marché même s’ils sont accessibles au plus grand public ne sont pas compréhensibles, il ne suffit pas d’être transparents, il faut développer un véritable discours de vulgarisation et un dialogue avec le public.

Il n’est pas question de diaboliser les ‘guérisseurs’ d’autant plus qu’en général ils apportent du bien-être, mais ils doivent rester à leurs places et ne pas supplanter la médecine scientifique. C’est la méthodologie scientifique qu’il s’agit de défendre avant tout, quitte à en admettre les imperfections et la faire progresser. Dans l’avenir, il sera tout à fait fondamental de développer des médiateurs scientifiques crédibles et compétents.

Qu’en pensez-vous ?

jvg

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